Dix points sur la Canne, 
le Sucre et le Rhum en Martinique

1.Présentation

2.Sélection variétale

3.Maladies

4.Ravageurs

5.Culture

6.Sucre et rhums de sucrerie

7.Rhum agricole

8.Sites industriels

9.Sous produits

10.La canne, valeur sûre

 

9. Les sous-produits de la canne : impacts et valorisation

En plus des deux produits principaux que sont le sucre et le rhum, et parallèlement à la valorisation sous forme de canne de bouche et de jus, la canne génère de nombreux sous-produits ou produits dérivés, qui sont diversement valorisés de part le monde (schéma).
Feuilles, bagasse, vinasse, mélasse, écumes... tant de richesses potentielles !
A la Martinique, la valorisation traditionnelle de ces derniers se fait surtout à travers le recyclage pour la production d’énergie, l’épandage au champ ou l’alimentation animale. Parallèlement, les industries de transformation de la canne ont fortement investi ces dernières années pour participer à la protection de l’environnement, grâce à une meilleure maîtrise des impacts environnementaux de leurs effluents et rejets.

Les feuilles de canne
Les feuilles de canne, dites « amarres », et les « bouts blancs » (parties sommitales des tiges, riches en acides aminés), ont connu une utilisation traditionnelle dans tous les pays producteurs de canne. 
En Martinique, ces extrémités feuillues des cannes ont été dans le passé la principale source de fourrage pendant le carême, tant pour les bovins que pour les mulets utilisés sur les exploitations. Cette utilisation perdure de nos jours : les éleveurs de bovins viennent systématiquement récupérer ce fourrage providentiel en période sèche. Outre cette valorisation fourragère individuelle et traditionnelle, des perspectives sont en cours pour valoriser les amarres de canne sous forme d’ensilage.
Certains pays comme la Réunion, l’Ile Maurice, Cuba, Barbade consacrent une partie de leur production de canne aux animaux sous forme de tiges broyées, en vert, ensilées ou déshydratées. 

La bagasse
En Martinique, la bagasse, résidu d’extraction du jus de la canne, est classiquement utilisée à 60%, voire à 90%, comme source d’énergie renouvelable : elle sert de combustible pour assurer un fonctionnement en quasi autosuffisance énergétique des unités de transformation. Ces dernières ne requièrent aucun combustible fossile : il s’agit là d’un avantage écologique majeur.
D’autres régions productrices exportent le surplus de bagasse issu de l’industrie sucrière vers le réseau électrique national, permettant ainsi de couvrir de 15 à 40% de la consommation électrique annuelle. Ceci est rendu possible grâce à des systèmes de couplage reliant la centrale de l’usine à des centrales bagasse - charbon. De telles applications sont effectives à la Réunion, en Guadeloupe et à l’Ile Maurice, par exemple.
En Martinique, les faibles tonnages de bagasse produite et la dispersion spatiale des unités de transformation diminuent les perspectives de rentabilité d’un tel projet. Il s’ensuit un excédent non recyclé, de 10% à 40%.
Le compostage de la bagasse offre une alternative doublement intéressante pour valoriser cet excédent et éviter le brûlage et les nuisances induites.
Dans d’autres pays où la disponibilité en bagasse est nettement supérieure à celle évaluée en Martinique, une autre utilisation, technologiquement connue et maîtrisée, est la transformation de la bagasse en panneaux d’agglomérés, en pâte à papier ou en matière textile (Cuba, St-Domingue, Réunion, USA, Hawaii, etc.). Les dimensions réduites de notre industrie cannière, alliées à notre contexte institutionnel, limitent également les perspectives économiques de telles options.

Les vinasses
La vinasse est un sous-produit de la fabrication du rhum. Elle se caractérise par une acidité élevée, une charge organique importante et une température élevée en sortie de colonne, avoisinant les 98°C.
Du fait de ces caractéristiques physico-chimiques, la vidange directe en mer ou dans les rivières de la vinasse a fait place, en Martinique, à une gestion plus rationnelle, afin de mieux maîtriser les incidences de cet effluent sur les écosystèmes naturels. Actuellement, la gestion de la vinasse, commence par un stockage en bassins où un premier lagunage peut être effectué. L’efficacité du traitement a été renforcée par l’amélioration des bassins de stockage étanches et une aération forcée, évitant ainsi les odeurs désagréables. Depuis peu, la méthanisation est utilisée en pré-traitement sur un des sites de la filière.
Contenant de grandes proportions en sels minéraux, la vinasse est avant tout un fertilisant et constitue pour les cultures, en période sèche, un appoint en irrigation (Brésil, Martinique). Les expérimentations menées en Martinique n’ont pas révélé d’influence néfaste au niveau des sols, mais une augmentation de la productivité de la canne.

La mélasse
La mélasse est le résidu de fabrication du sucre, obtenu après la cristallisation. Les mélasses en Martinique, non complètement épuisées en sucre, sont utilisées, en qualité de matière première, exclusivement pour la production de rhums industriels (Rhum traditionnel de sucrerie ou RTS, et Rhum « Grand Arôme »). 
La mélasse est utilisée dans beaucoup de pays comme base alimentaire pour les ruminants (Cuba, Brésil, Ile Maurice, Guyane Britannique), seule ou en mélange avec de la bagasse ou de la canne hachée. Cette utilisation, autrefois traditionnelle à la Martinique, tend à se raréfier par manque de disponibilité suffisante en mélasse.

Les boues et écumes de défécation
Les boues et les écumes de défécation sont obtenues après filtration, clarification, sulfitation et chaulage « des jus troubles ». Ces boues, bien que contenant des sucres, des protéines, des sels minéraux et de la cellulose, sont généralement trop chargées en terre en Martinique pour être utilisées en alimentation animale. Elles peuvent par contre être valorisées comme fertilisants dans les cultures.

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Schéma des utilisations des sous-produits de la canne à sucre dans le monde

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