Dix points sur la Canne, 
le Sucre et le Rhum en Martinique

1.Présentation

2.Sélection variétale

3.Maladies

4.Ravageurs

5.Culture

6.Sucre et rhums de sucrerie

7.Rhum agricole

8.Sites industriels

9.Sous produits

10.La canne, valeur sûre

 

2. Sélection variétale et variétés cultivées

 

La sélection variétale : une longue procédure

De la création à la diffusion de nouveaux clones
A la Martinique : un schéma de sélection sur 10 ans

De sa création en 1952 à ce jour, le Centre technique de la canne et du sucre assure la sélection et la diffusion de variétés de canne adaptées aux différents terroirs et conditions de production de la Martinique. En effet, la culture de variétés de canne à fort potentiel sucrier, mais aussi aux qualités rhumières confirmées, est un élément essentiel tant pour le revenu du planteur que pour la performance technologique des unités de transformation et la renommée de nos produits. 

La recherche de variétés de canne adaptées aux différentes conditions de culture (sol, climat, topographie, techniques culturales, ...) est ainsi une action prioritaire du CTCS qui, par maints aspects, conditionne le maintien de cette culture en Martinique.

De la création à la diffusion de nouveaux clones

Les variétés de canne actuellement cultivées en Martinique à des fins industrielles proviennent d’une sélection variétale qui se fait en 3 grandes étapes.

Création variétale dans des stations d’hybridation :
Croisements variétaux
Présélection d'hybrides parmi de très nombreuses plantules (seedlings)
Mise en place de tests réfractométriques. 
2 ans
 
Quarantaine au CIRAD-CA de Montpellier :
Assainissement - Première sélection selon la résistance aux maladies présentes au niveau des boutures 
2 ans
 
Sélection à Martinique : de la station du CTCS aux stations délocalisées :
Acclimatation et multiplication des boutures reçues (2 ans)
1ère sélection & 2ème sélection (soit 2 cycles de 3-4 ans)Suivi des variétés selon les critères de sélection détaillés ci-après
Multiplication et diffusion à quelques planteurs-pilotes (1 à 2 ans)Poursuite de l'observation des variétés et identification des interactions génotype x environnement en stations délocalisées
10 ans

La durée de ce schéma de sélection implique qu'une variété créée à une date donnée ne pourra être diffusée, dans le meilleur des cas, que douzaine d’années après sa création. Ceci implique que sa culture à grande échelle nécessite au moins une quinzaine d'années.

A la Martinique : un schéma de sélection sur 10 ans

Chaque année, le CTCS réceptionne un lot de 50 à 100 clones, après passage par la quarantaine du CIRAD-CA à Montpellier. Ces clones peuvent être originaires de la station d’amélioration variétale basée à Barbade (B), d’autres stations caribéennes, de la station de Roujol en Guadeloupe (France : FR) ou de diverses stations internationales (d’Amérique du Sud ou du Nord, d’Afrique, du Pacifique, d’Asie…). 

Ces variétés vont devoir passer au travers de l’entonnoir de la sélection variétale.

Ce schéma de sélection mis en place en Martinique pour la canne peut conduire, après une dizaine d’années de suivi et d’analyse, à la diffusion d’une ou deux variétés. Une attention particulière est portée sur les qualités technologiques des clones.


Pour les nouveaux clones libérés, des essais de pré-diffusion sont envisagés, intégrant des critères technologiques spécifiques, afin de s’assurer du respect de la typicité « Rhum agricole Martinique ». Les hybrides reconnus comme aptes à l’élaboration de rhum agricole typique peuvent alors être proposés par le Syndicat de défense de l’appellation d’origine « Rhum agricole Martinique » (SDAORAM), en vue d’un agrément par l’Institut national des appellations d’origine (INAO).

Nous vous invitons à consulter nos Fiches Techniques, pour mieux connaître notamment :
  • les variétés cultivées à la Martinique en ce début de XXIe siècle
  • les procédures à respecter de la plantation à la livraison
  • les sigles des stations créatrices, 
  • etc.

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Critères de sélection
 
La rigueur de la sélection repose sur des critères relatifs au rendement agricole et à la richesse, qui conduisent au rendement final en sucre par hectare. S’y ajoutent des critères relatifs à la résistance et à l'adaptation vis-à-vis du milieu écologique, ainsi que des conditions de culture ; tandis que les aspects rhumiers sont de plus en plus suivis.

Mise en place d’un essai de sélection

Cliché : I. Jean-Baptiste. CTCS.

 

Principaux critères relatifs au rendement agricole
 
  • Levée et couverture du sol
  • Tallage et croissance
  • Tonnage par hectare 
  • Longévité de la culture 

Principaux critères technologiques

  • Cycle de maturation· Brix (teneur en matière sèche soluble du jus)
  • Teneur en fibre 
  • Richesse en saccharose (Pol%Canne)
  • Pureté du jus
  • Aptitude rhumière

De ces différents critères technologiques, dépend le taux de saccharose extractible par la sucrerie, mais aussi les qualités rhumières de la matière première.

Adaptation aux conditions du milieu écologique

  • Conditions climatiques (sécheresse, pluie, vent) et édaphiques (types de sols)

  • Résistances aux maladies (notamment charbon, échaudure des feuilles, RSD, YLS, etc.)

  • Résistance aux ravageurs (borers, rats) et aux herbicides

Adaptation aux conditions de culture

  • Port érigé (cannes droites, résistantes à la verse, malgré de forts tonnages) ; critère important pour la mécanisation de la récolte et qui permet de limiter les baliveaux et les attaques de rats

  • Feuilles non engainantes

  • Facilité d'épaillage (feuilles sèches se détachant naturellement ou aisément)

  • Bon rejetonnage après brûlage.

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Des anciennes variétés aux clones d’aujourd’hui

Un inéluctable flux variétal
Les anciennes variétés, devenues cannes de jardin, élément du patrimoine

La canne étant caractérisée par une très forte interaction génotype x environnement, il en découle une grand polymorphisme phénotypique. De fait, le statut variétal de toute sole cannière est amené à évoluer régulièrement. Depuis l’introduction de la canne en Martinique, des centaines de variétés se sont ainsi succédées suivant un flux de plus en plus rapide, parallèlement à l'évolution socio-économique (Baron, Marie-Sainte, 2000).


Un inéluctable flux variétal

En premier lieu, le statut variétal a évolué selon la pression de l’environnement (ravageurs, maladies, adventices, sols et climat), conduisant à l’élimination des variétés les plus sensibles. Le second niveau d’influence a trait aux facteurs socio-économiques, partant de la société esclavagiste, dans laquelle le facteur « main d’œuvre » n’était pas limitant, passant à la société moderne, caractérisée par une augmentation des coûts du personnel. Après une évolution initialement passive et par défaut du statut variétal, la sélection a été orientée vers des clones permettant de faire face à l’intensification de la culture, avec des répercussions sur l’organisation du travail et les modes de transport de la canne.

La rentabilité du travail a alors conditionné la survie de la filière canne et la sélection a dû tenir compte de la mécanisation et de l’intensification de la culture, conduisant à des variétés plus droites, plus fibreuses, résistantes au brûlage et au tassement du sol. De plus, l’évolution économique implique la recherche permanente d’une meilleure productivité agricole. Enfin, la pression exercée par les utilisateurs industriels implique une qualité technologique de la matière première de plus en plus poussée, tant pour la sucrerie que pour les distilleries agricoles.


Cliché : I. Jean-Baptiste. CTCS.

Ainsi, suivant le flux de la sélection variétale, partant de cannes traditionnelles de fort diamètre, rampantes et peu fibreuses, comme la Cristalline, cette évolution a conduit aux clones d’aujourd’hui (hybrides de S. officinarum et S. spontaneum) : il s’agit de variétés plus rentables sur le plan agro-industriel, au port plus érigé et mieux adaptées aux nouvelles conditions du milieu, notamment à la mécanisation totale de la récolte, qu plus est en cannes non brûlées. 

Comprendre les facteurs d’évolution des variétés de canne permet de mieux cerner les futures voies de recherche. Cette histoire variétale relève aussi d’un intérêt général, tant il est vrai que l’histoire cannière est étroitement liée à celle de la société martiniquaise.


Les anciennes variétés, devenues cannes de jardin, élément du patrimoine

L’évolution de la culture de la canne en Martinique s’est faite vers des variétés hybrides au détriment des anciennes variétés, qui se sont révélées moins adaptées aux nouvelles conditions de culture et aux nouvelles exigences économiques. Les Martiniquais se sont ainsi appropriés certaines d’entre-elles, après plusieurs années, voire plusieurs décennies. Regroupées sous le terme générique de cannes de jardin, cannes de bouche ou “cannes créoles”, celles-ci font désormais partie de la Culture martiniquaise. La dénomination générique de Cannes Créoles regroupe en fait une triple réalité :

  • un cultivar naturel introduit depuis la colonisation, précisément appelé Canne Créole ;
     

  • des noms d’origine de variétés de Saccharum officinarum ou de cultivars naturels issus de mutations de S. officinarum ou d’une autre des espèces fertiles de départ, comme la Cristalline ;
     

  • des noms vernaculaires issus de l'imaginaire populaire, pouvant correspondre à des cultivars naturels de l’une des espèces de départ ou à des hybrides. 
    Ces noms traduisent souvent une caractéristique de la variété (son goût, le fait qu’elle soit tendre ou dure, sa couleur, etc.).
    Leur nom d’origine était dans ce cas progressivement oublié de la majorité. C’est le cas par exemple d'un hybride barbadien, créé en 1940 ou 1943, devenu la fameuse « Pen épi lèt ».

Sorties des grandes plantations, elles ont été préservées dans les jardins créoles. Aujourd’hui bon nombre d’entre-elles ne sont plus conservées que par quelques agriculteurs, aux quatre coins de l’île, qui entretiennent soigneusement, précieu-sement ce patrimoine délaissé au niveau industriel : patrimoine génétique, mais aussi patrimoine culturel, qu’il convient de sauvegarder et de revaloriser. Conscient de cette nécessité, de plus en plus de particuliers replantent une touffe de canne dans leur jardin.


Cliché : I. Jean-Baptiste. CTCS.

Ces anciennes variétés font désormais partie de la Culture Martiniquaise. Ainsi, tous les anciens connaissent la « Pen épi lèt » et la BH, et la seule évocation de ces noms éveille bien des souvenirs chez plus d’une génération de Martiniquais.

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De l’habitation au jardin familial

Qualités gustatives et nutritives
Qualités thérapeutiques
Qualités agronomiques
Quelques noms d’anciennes variétés

 

Qualités gustatives et nutritives

Le transfert de certaines de ces variétés, de l’habitation sucrière aux jardins familiaux fut favorisé à une époque où la canne faisait partie intégrante de la vie de la majorité des Martiniquais. 

Les coupeurs et ouvriers de la canne retournaient souvent chez eux, à l’époque de la récolte, avec quelques cannes sur leur épaule. Ils plantaient ces variétés dans leurs jardins ou en faisaient don aux enfants, aux personnes qu’il s aimaient bien, aux personnes de leur voisinage, qui pouvaient de même les multiplier. Conscients du renouvellement variétal qui s’opérait sans cesse sur l’habitation, certaines personnes tenaient en effet à garder à proximité de chez elles les variétés qui se distinguaient par des qualités gustatives exceptionnelles. 

Dans un tissu social où les liens de solidarité étaient très forts, la diffusion des variétés des plantations industrielles aux jardins familiaux était donc aisée. 

La Cristalline

Cliché : I. Jean-Baptiste. CTCS.

La consommation de canne de bouche retrouve progressivement une certaine place dans la culture locale, avec le développement de la vente sur les marchés. FAHRASMANE et GANOU-PARFAIT (1997) le signalent ainsi : 

« La culture de la canne est d’abord une culture vivrière, à très petite échelle, dont le produit se consomme par succion et mâchonnement de morceaux de tiges, afin d’en extraire directement dans la bouche le jus sucré. […] Cette forme de consommation de cannes, choisies pour leur tendreté en bouche, réapparaît aux Antilles françaises ».

Riche en potassium, la canne est un aliment très énergétique. Le potassium est par excellence l'antidote de la fatigue.

Qualités thérapeutiques

D’autre part, leurs qualités thérapeutiques faisant des cannes également des plantes médicinales, comme le cite . A ce titre, les anciens signalent une multitude de vertus du jus, des racines, des feuilles et des tiges, toute indication à prendre avec réserve, et variables selon les variétés. Ci-dessous, certaines vertus citées par CHAUVIN (1983) ou collectées directement auprès des anciens.

- Le jus est connu pour être un très puissant aphrodisiaque. Recueilli au sortir des presses, il facilite aussi les accouchements en activant les contractions utérines. Il s’agit d’un diurétique, d’un antiseptique et d’un cicatrisant puissant à mettre sur les plaies et ulcères. De plus, la canne rôtie et immédiatement écrasée est excellente en cas de diarrhée chronique et aussi contre le rhume. Le bain de guildive serait étonnant pour les paralytiques ou, au moins, les rhumatisants.

- Les racines en tisane facilitent la lactation. En décoction, elles sont diurétiques. Ecrasées et mêlées à du vinaigre, elles donnent un bon cataplasme pour le mal de dos. Mâchées, elles sont appliquées pour extraire de la peau les échardes, aiguillons d'insectes, piquants d'oursins.


Cliché : I. Jean-Baptiste. CTCS.

- Les feuilles sèches, en décoction, soulagent les douleurs de la mixtion urinaire. Mâchées, elles s'appliquent sur les inflammations de la peau.
 
- Les cendres d'épiderme de la tige, mêlées à du vinaigre, seraient un remède de la teigne.

Qualités agronomiques

Enfin, de par ses qualités agronomiques, la canne à sucre est une plante amélioratrice de la fertilité des sols, sur le plan physique, chimique et biologique. De sorte qu'elle est traditionnellement utilisée pour établir des rotations avec les cultures maraîchères et vivrières.

- Concernant la fertilité physique, la canne à sucre présente, en effet, un système racinaire fasciculé qui permet une certaine lutte anti-érosive, en contribuant à la rétention du sol. De surcroît, ce système favorise la granulation du sol et améliore ainsi sa structure.

- Pour la fertilité chimique, grâce aux exsudats racinaires, sachant que le système radiculaire est reconstitué annuellement, la canne favorise l'enrichissement du sol en matière organique et en éléments minéraux. Le retour des pailles et autres débris végétaux participe également à l'enrichissement du sol en matière organique, tout en assurant une certaine couverture végétale.

- Enfin, au niveau de la fertilité biologique, la décomposition racinaire dans les moindres interstices permet une activation du développement de la microfaune du sol.


Cliché : I. Jean-Baptiste. CTCS.

 

Quelques noms d’anciennes variétés

Quelques noms d’anciennes variétés
(recensement selon enquêtes auprès des « anciens »)

-     Anba Ròb -     "Anba  Ròb"
-     'BH (Béyach) -     Canne BH (BH 10.12)
-     Bikanna Blan -     Bicana Blanche
-     Bikanna ou Bikanna Nwè -     Bicana ou Bicana Noire
-     Gro Nèli -     Gros Nelly
-     Gwatémala -     Guatémala
-     Jounou Poul -     "Jounou Poul"
-     Kalandriyé -     Calendrier
-     Kristalin -     Cristalline
-     Kann Banbou -     Canne Bambou
-     Kann Bélandjèt -     Canne "Bélandjèt"
-     Kann Bik -     Canne Bic
-     Kann Koubaril -     Canne Courbaril
-     Kann Diven -     Canne "Diven"
-     Kann Kanfr -     Canne Camphre
-     Kann Korosòl -     Canne Corossol
-     Kann Kréòl -     Canne Créole
-     Kann Lay -     Canne L'ail
-     Kann Malavwa -     Canne Malavoi
-     Kann Nozimbé -     Canne Nosimbé
-     Kann Pété Po ou Pété Pòk -     "Pété Po"
-     Kann Pòslèn -     Canne Porcelaine
-     Kann Jounou Poul -     Canne "Jounou Poul"
-     Kann Ribanné -     Canne Rubanée
-     Kann Rosinyòl -     Canne Rossignol
-     Kann Zabitan ou Kann Kribich -     Canne Z’habitant ou Canne Cribiche
-     Maframé -     Maframé
-     Pen épi lèt -     "Pen épi lèt" (hybride de Barbade)
-     Pen o chokola -     Pain au chocolat
-     Péroji -     POJ ou POJ 28.78 (originaire d'Indonésie : Proefstation Oost Java)
-     Sent Krwa -     Sainte-Croix
-     Sik Dòj -     Sucre d’orge
-     Ti Maframé -     "Ti Maframé" (B 34.104)
-     372 -     372 (= B 37.172)
 

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