Dix points sur la Canne, 
le Sucre et le Rhum en Martinique

1.Présentation

2.Sélection variétale

3.Maladies

4.Ravageurs

5.Culture

6.Sucre et rhums de sucrerie

7.Rhum agricole

8.Sites industriels

9.Sous produits

10.La canne, valeur sûre

 

1. La canne à sucre : présentation

 

 

Origine et migration de la canne : d’Est en Ouest

Cette présentation historique de la migration de la canne constitue une synthèse inspirée des cours sur la canne à sucre rédigés par De Pompignan (1965) et mis à jour par Rosemain (1978) ; complétés par la documentation du CEDUS (2000) et l’ouvrage de référence de Fahrasmane et Ganou-Parfait (1997), auquel nous renvoyons le lecteur pour une synthèse plus complète.

Une origine océanienne
La théorie actuellement reconnue propose Saccharum robustum comme l’espèce botanique de départ, dont le centre d’origine serait la Nouvelle Guinée et les îles avoisinantes, en Océanie (fig. 1).

Fahrasmane et Ganou-Parfait (1997 ; p. 11) synthétisent comme suit les premières migrations de la canne : « De là, elle aurait diffusé dans l’Océanie entre le Xe et le Ve siècle avant notre ère. Vers l’Ouest, Java et Sumatra auraient été atteintes entre le XVe et le Xe siècle avant notre ère, la Chine du Sud et les Indes vers le Ve siècle avant notre ère ; sa progression semble avoir été bloquée sur la frontière de l’Indus pendant tout le reste de l’Antiquité » (fig. 2).
 
Ce serait avec la canne à sucre dite « noble », Saccharum officinarum, ainsi nommée du fait de l’importante vocation officinale du sucre jusqu’au XVIIe siècle et décrite par Linné en 1753, que ces migrations ont été effectuées (fig. 2).

Une diffusion mouvementée vers l’Occident
A partir de là, le développement de la canne se confond avec les voyages des explorateurs. Deux filières ont contribué parallèlement à sa propagation à travers le bassin méditerranéen : la filière arabe et la filière chrétienne.

Vers 700 après J.C., les Arabes ont découvert la canne en Perse et diffusèrent les premiers des plants de canne en Europe et en Afrique. Au cours du VIIIe siècle, ils implantèrent notamment la canne en Egypte, puis en Syrie, en Afrique du Nord et en Espagne du Sud.

Cependant l’Europe chrétienne ignore pratiquement ce produit exotique qu’est le sucre jusqu’au XIe siècle. A cette époque, débutent les croisades et les croisés découvrent en Syrie et en Palestine cette nouvelle épice, issue des plantations de canne cultivées par les Arabes. L’usage du sucre va alors se répandre, avec le développement du précieux roseau. Au XIVe siècle, la canne à sucre est cultivée dans l’archipel grec, en Sicile, dans le sud de l’Italie, et même dans le midi de la France.

Implantation dans les Amériques
La découverte du « nouveau monde » bouleverse cette distribution et devait marquer un tournant dans l’histoire du sucre... C’est Christophe Colomb, qui, lors de son deuxième voyage en 1493, introduisit la canne à sucre de l’autre côté de l’océan atlantique, en l’emmenant à Saint-Domingue (Hispaniola). A partir de là, la canne essaime dans toute la Caraïbe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud.

Il existe bien des documents qui font état de la présence de cannes dans ce « nouveau monde » avant l’arrivée de Christophe Colomb. Mais il se peut qu’il y ait eu erreur de la part des premiers observateurs, qui auraient confondu cette plante avec les roseaux que l’on trouve dans la basse vallée du Mississippi.

La canne se développa au cours du XVIe et du XVIIe siècles dans la plupart des pays tropicaux, notamment aux Antilles et en Amérique du Sud, et fut longtemps pour ces pays la principale richesse agricole. Tous les « nouveaux » pays découverts et colonisés vont se couvrir de plantations de canne. Ainsi, la zone des Caraïbes a été pendant trois siècles le véritable « grenier à sucre » du monde, mais à quel prix, sur le plan humain.


Source : Fahrasmane et Ganou-Parfait (1997)   

 

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Botanique et agronomie : un roseau sucré, tropical et rustique
 
Culture tropicale et subtropicale par excellence, la canne à sucre est une plante herbacée cultivée pour ses tiges qui contiennent un jus sucré dont on tire le saccharose, ou sucre cristallisable. En plus du saccharose, les sucres fermentescibles (glucose et fructose) contenus dans le jus permettent la fabrication de rhum.
Famille : Graminée (Poacée)
Genre : Saccharum


Bouture
(
en phase de levée)

Les tiges de canne à sucre atteignent 2 à 5 m de hauteur pour un diamètre de 2 à 4 cm. Elles sont constituées d’une succession de noeuds (où sont implantés les yeux ou bourgeons) et d’entre-noeuds, dont la longueur moyenne est de 10 à 15 cm. La tige est de couleur jaune, verte, rouge, violette ou brune, suivant sa composition pigmentaire et son exposition au soleil.

Les yeux souterrains donnent naissance à d’autres tiges, au cours de la phase de tallage (ou ramification souterraine) qui conduit à des touffes de cinq à vingt tiges en moyenne.

Les tiges sont glabres et protégées par un mince revêtement de cire. Elles portent des feuilles à gaines enveloppantes, alternées, mesurant jusqu’à 1,50 m de long et de 3 à 6 cm de large. La gaine qui protège les yeux est souvent recouverte de poils plus ou moins piquants.


Après plantation de la bouture, deux sortes de racines se développent :
- des racines de boutures, qui naissent de l’anneau radiculaire du plant. Minces et ramifiées, elles assurent la reprise pendant les deux premiers mois ;

- des racines de tiges, issues des anneaux radiculaires les plus inférieurs, prennent le relais. 50 % des racines se trouvent dans les 25 premiers centimètres du sol et 90 % dans les 60 premiers centimètres.

Après chaque coupe, un nouveau système racinaire est reconstitué, l’ancien contribuant à l’amendement humique du sol.

L’inflorescence, appelée communément « flèche », est terminale. C’est une panicule pyramidale de 0,50 à 1 m de longueur, constituée de ramifications primaires et secondaires portant à chaque articulation des paires d’épillets.

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Cycle de culture

La canne est une plante pluriannuelle, caractérisée par deux cycles :

  • Un cycle annuel, ou cycle de récolte, allant de la plantation ou de la coupe précédente à la coupe suivante, qui dure normalement douze mois en Martinique.

  • Un cycle total, ou cycle de culture, allant d’une plantation à la plantation suivante, qui peut durer de quatre à plus de dix ans, suivant la vigueur des repousses, et donc du lieu, de la variété et de l’entretien. Les modes et les conditions de récolte conditionnent également fortement la durée du cycle total.

    La moyenne locale se situe entre cinq et huit ans de récoltes successives, au bout desquelles une baisse de rentabilité s’observe (baisse de production ou augmentation des coûts d’entretien), ce qui conduit à la replantation.

Le cycle annuel peut être résumé comme suit :

  • La canne est multipliée par bouturage. A partir des yeux des boutures (plants constitués par des segments de tiges de 1 m) mises en terre, vont se développer des tiges primaires qui donneront des tiges secondaires, puis tertiaires..., jusqu’à la couverture totale du sol. A cette phase de tallage, étalée sur les trois à quatre premiers mois de la culture, succède la phase de croissance où les besoins en humidité, chaleur et lumière sont importants.

  • La floraison, quand elle survient (suivant les conditions climatiques, l’âge de la canne et la variété) peut précéder de un à plusieurs mois la maturation.

  • A partir du neuvième ou du dixième mois, (pour les cannes récoltées à 12 mois), commence la phase de maturation, qui se traduit par l’accumulation de saccharose dans les tiges, sous l’influence combinée d’une sécheresse et d’un froid relatifs.

  • A la phase de maturation, succède la récolte. La période de récolte qui constitue la campagne sucrière, dure 3 à 4 mois en Martinique, entre Février et Juin. Elle débute pendant la saison sèche et fraîche, et se termine avec l’arrivée de la saison des pluies. C’est à cette époque que la canne est riche en sucre.

  • Après la coupe, un nouveau cycle annuel redémarre : tallage, croissance, maturation, puis récolte.


LES CYCLES DE LA CANNE A SUCRE

Source : BARON H., CARRIEL J.C., MARIE-SAINE E., EUGENIE E., ABATUCI A., 1994.
Le manuel du planteur de canne à sucre.
CTCS-Martinique, Lamentin, 103 p.

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